Parution en feuillleton dans le journal Neue Zürcher Zeitung (NZZ), Zurich (novembre 2016)

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Expositions à Châtellerault, Saint-Savin et Niort (2015-2016)

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Family, Châtellerault et Saint-Savin, (2015-2016)

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Making-off

27-12-2014red

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Family, Poitiers (2010-2014)

 

 

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Family, Lussac-Les-Châteaux, 2014

 

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Un texte de Pierre D’Ovidio

Acteurs dans un espace de faible densité

Nous sommes arrivés tôt. Par une belle matinée d’un automne célébré comme variante d’« été indien ». Glorieuse arrière-saison offerte en consolation tardive et malicieuse façon pour le climat de se racheter d’un été médiocre.
En chemin, Claude m’a expliqué son projet et le protocole qu’il a établi dans son travail avec les familles: «montrer ce jeu sur l’intime qui est mis en scène… faire rejouer des scènes et rester sur cet équilibre instable établi entre apparent et probable en choisissant de proposer « dans un même plan » décors et personnages. »
Fanny et Fabien -les parents- , Léo et Abel -leurs enfants-, âgés de cinq et trois ans, les acteurs de «cette réalité augmentée», selon les mots de Claude, vivent dans un espace de faible densité. Précisément à Sillars, un village à mi-chemin entre Montmorillon et Lussac, distantes toutes deux de dix kilomètres de leur domicile.
Depuis juillet 2009, les Patrier occupent une ancienne grange aux dimensions imposantes ; un espace alors quasi-nu avec les seuls murs (bien épais) mais un toit à la charpente douteuse. Une occupation progressive. Fanny et Fabien racontent avec amusement qu’à leur emménagement, Léo, âgé alors de deux mois, dormait dans la salle de bains ce qui obligeait ses parents à ne prendre de douche le soir que dans l’obscurité pour ne pas le réveiller. En 2010, un étage était créé. Entièrement en bois, assemblage avec chevilles. « Toutes en bois ! » annonce avec satisfaction Fabien. La lumière traverse la grande pièce du rez-de-chaussée et baigne une large mezzanine/bibliothèque à l’étage qui dessert les trois chambres.
Fanny confie qu’au début elle avait peur de se retrouver seule dans la maison : cet immense espace l’inquiétait. Le couple vivait auparavant dans une petite maison de deux niveaux au centre-ville de Montmorillon ; sans jardin, alors que celui qui s’étend ici apparaît sans limites. L’avantage de la campagne… et ses inconvénients : les deux voitures du foyer et, moins évident, l’offre culturelle immédiate -qui existe cependant à quelques minutes : ciné-club et MJC…
Installée dans une seconde grange attenante à la première, une pièce insonorisée sert de lieu de répétition mais également de studio d’enregistrement pour le groupe de rock auquel appartient Fabien qui joue de la guitare et de la basse. Le groupe se produit parfois dans les environs, interprétant, entre autres, leurs compositions.
Dans deux minutes, c’est prêt !, lance Claude qui a achevé son installation sur la mezzanine, avant de donner ses consignes à la famille :
-Les enfants ne doivent jamais regarder l’appareil.
-Parents et enfants doivent se livrer à leurs activités habituelles, celles de leurs jours ordinaires, du moins lorsqu’ils sont regroupés sur la mezzanine, cette pièce qui sert de salon de lecture puisque s’y trouvent la bibliothèque, une banquette et deux confortables fauteuils à l’aspect accueillant d’un rouge un peu passé.
Le père s’est muni d’un ordinateur, la mère d’un livre, les deux garçons bricolent autour de Play -mobil représentant un château-fort et une île, un refuge de pirates. Très vite les gamins oublient le dispositif.
Léo avertit les pirates : « Tous ceux qui ont des têtes méchantes, je leur arrache ! » avant de mettre sa menace à exécution, s’accompagnant d’imitations convaincantes de vacarmes mêlant canonnades, mitraillages en règle et autres détonations guerrières.
La séance -on pourrait aussi bien évoquer un tableau vivant ou une représentation théâtrale- touche à sa fin. Acteurs, metteur en scène et ce spectateur que je suis, nous amusons de cette confusion entre le réel et l’apparence du réel autour d’un verre partagé sous un ciel sans nuage… l’été indien, toujours.

Pierre D’Ovidio, écrivain, septembre 2014.

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